plaisir: Le manifeste censuré de Camus

12/02/2015 § Σχολιάστε

Το λογοκριμένο μανιφέστο του Αλμπέρ Καμύpost2.12.15

Il est difficile aujourd’hui d’évoquer la liberté de la presse sans être taxé d’extravagance, accusé d’être Mata-Hari, de se voir convaincre d’être le neveu de Staline.

Pourtant cette liberté parmi d’autres n’est qu’un des visages de la liberté tout court et l’on comprendra notre obstination à la défendre si l’on veut bien admettre qu’il n’y a point d’autre façon de gagner réellement la guerre.

Certes, toute liberté a ses limites. Encore faut-il qu’elles soient librement reconnues. Sur les obstacles qui sont apportés aujourd’hui à la liberté de pensée, nous avons d’ailleurs dit tout ce que nous avons pu dire et nous dirons encore, et à satiété, tout ce qu’il nous sera possible de dire. En particulier, nous ne nous étonnerons jamais assez, le principe de la censure une fois imposé, que la reproduction des textes publiés en France et visés par les censeurs métropolitains soit interdite au Soir républicain (le journal, publié à Alger, dont Albert Camus était rédacteur en chef à l’époque), par exemple. Le fait qu’à cet égard un journal dépend de l’humeur ou de la compétence d’un homme démontre mieux qu’autre chose le degré d’inconscience où nous sommes parvenus.

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«E.E.Cummnings» instead of «e.e.cummings»?

07/02/2015 § Σχολιάστε

post7.2.15

From the TLS‘s «Letters to the Editor» January 30, 2015:

Sir, -In his review of Frederick Wiseman’s documentary films National Gallery an At Berkeley (Arts, January 16), Toby Lichtig refers to «e.e. cummings». Surely this designation is antique. When Cummings published his «nonlectures» in 1965, there was a limited edition whicj he signed «E.E.Cummings». A few years later, when I was in the Army with time on my hands, I wrote to ask him about the discrepancy. He replied:

perhaps (who knows?) the journalistic «image» behind the lowercase-signature myth was of some publicitymad smartalec who used a smal «I» to call attention to himself
E.E.Cummings
March 14 ’62

All the recent editions of his poetry I have seen use the upper and the lower case.

Hugh Van Dusen
2200 Hunterbrook Road
Yorktown, New York 10598

*
To readers, translators and admirers of his poetry, it’s your decision…

 

Marguerite Duras, L’amant -extraits

24/01/2015 § Σχολιάστε

photo: The Guardian

photo: The Guardian

Je n’ai jamais écrit, croyant le faire, je n’ai jamais aimé, croyant aimer, je n’ai jamais rien fait qu’attendre devant la porte fermée.
[…]
Je lui dis que ce n’est pas seulement parce que c’était pendant le jour, qu’il se trompe, que je suis dans une tristesse que j’attendais et qui ne vient que de moi. Que toujours j’ai été triste. Que je vois cette tristesse aussi sur les photos où je suis toute petite. Qu’aujourdhui, cette tristesse, tout en la reconnaissant comme étant celle que j’ai toujours eue, je pourrais presque lui donner mon nom tellement elle me ressemble.
[…]
Cet amour insensé que je lui porte reste pour moi un insondable mystère. Je ne sais pas pourquoi je l’aimais à ce point là de vouloir mourir de sa mort. J’étais séparée de lui depuis dix ans quand c’est arrivé et je ne pensais que rarement à lui. Je l’aimais, semblait-il, pour toujours et rien de nouveau ne pouvait arriver à cet amour. J’avais oublié la mort.
[…]
Et une autre fois, c’était encore au cours de ce même voyage, pendant la traversée de ce même océan, la nuit de même était déjà commencée, il s’est produit dans le grand salon du pont principal l’éclatement d’une valse de Chopin qu’elle connaissait de façon secrète et intime parce-qu’elle avait essayé de l’apprendre pendant des mois et qu’elle n’était jamais arrivé à la jouer correctement, jamais, ce qui avait fait qu’ensuite sa mère avait consenti à lui faire abandonner le piano. Cette nuit là, perdue entre les nuits et les nuits, de cela elle était sûre, la jeune fille l’avait justement passée sur ce bateau et elle avait été là quand cette chose-là s’était produite, cet éclatement de la musique de Chopin sous le ciel illuminé de brillances. Il n’y avait pas un souffle de vent et la musique s’était répandue partout dans le paquebot noir, comme une injonction du ciel dont on ne savait pas à quoi elle avait trait, comme un ordre de Dieu dont on ignorait la teneur. Et la jeune fille s’était dressée comme pour aller à son tour se tuer, se jeter à son tour dans la mer et après elle avait pleuré parce-qu’elle avait pensé à cet homme de Cholen et elle n’avait pas été sûre tout à coup de ne pas l’avoir aimé d’un amour qu’elle n’avait pas vu parce-qu’il s’était perdu dans l’histoire comme l’eau dans le sable et qu’elle le retrouvait seulement maintenant à cet instant de la musique jetée à travers la mer.

Marguerite Duras, L’amant, Les Éditions de Minuit

.

e. e. cummings, Humanity I Love You

23/01/2015 § Σχολιάστε

post23-1-15

Humanity i love you
because you would rather black the boots of
success than enquire whose soul dangles from his
watch-chain which would be embarrassing for both

parties and because you
unflinchingly applaud all
songs containing the words country home and
mother when sung at the old howard

Humanity i love you because
when you’re hard up you pawn your
intelligence to buy a drink and when
you’re flush pride keeps

you from the pawn shop and
because you are continually committing
nuisances but more
especially in your own house

Humanity i love you because you
are perpetually putting the secret of
life in your pants and forgetting
it’s there and sitting down

on it
and because you are
forever making poems in the lap
of death Humanity

i hate you

*

photo©StratosFountoulis, «Urban 13 -2012»

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